Des lignes pour structurer et redessiner l’espace
Pauline Lisowski, 2018

Fr

Laurent Ajina s’intéresse aux espaces urbains, qu’il regarde avec attention lors de ses promenades. La ville et principalement les mégalopoles et leur organisation tentaculaire le fascinent. A l’aide de son outil favoris le marker, il, trace des lignes, d’un geste frénétique, des chemins, plus ou moins linéaires et complexe, remplit la surface, comme s’il libérait les émotions ressentis lors de ses déambulations quotidiennes. Les murs des lieux d’exposition constituent son nouveau terrain d’expériences. Ses dessins muraux composent alors une topographie imaginaire et retracent ou proposent un trajet. Ils suggèrent la possibilité d’une étendue, l’envie d’aller toujours plus loin, de dépasser les limites. Ses œuvres interrogent les manières dont nous nous situons dans les espaces. « Mind Matter » qu’on pourrait traduire par « Esprit Matière » renvoie à la notion de cartographie mentale. Les lignes, vocabulaire plastique de l’artiste, suggèrent l’organisation de la pensée, le surgissement des souvenirs et le système de connexions.
Invité à la galerie Bertrand Grimont, Laurent Ajina s’est emparé des murs. L’artiste présente à la fois des œuvres récentes sur toiles et a conçu un dessin in situ. Son accrochage relève d’une volonté de travailler sur le volume de la galerie et de montrer aux visiteurs différents pants de sa pratique.
Depuis des coins de la galerie, des lignes bleues et noires, qui se ramifient, courent des murs jusqu’au plafond et redessinent un espace virtuel. Laurent Ajina a composé un dessin mural, guidé par ses sensations de l’espace. Le visiteur est incité à déambuler dans la galerie et à faire naviguer son regard de façon panoramique. Aux murs, des petites toiles à l’acrylique de différents bleus, disposées à différents niveaux, sont traversées de lignes de ces mêmes couleurs. Ces œuvres constituent des épaisseurs, des excroissances, nouveaux points d’accroches, à partir desquelles l’artiste poursuit la croissance de ses lignes. 
D’autres grandes toiles réalisées à l’aide de marker, de peinture à la bombe et d’acrylique sur toile, de diverses couleurs et épaisseurs de lignes, traduisent des flux d’énergie, des phénomènes physiques de transformation et de mouvement dans le paysage. Ces œuvres révèlent différentes strates, passages, circulations et arrêts dans un lieu. Elles concentrent en elles des sensations vécues lors de promenades quotidiennes.
Différentes tensions cohabitent au sein des œuvres de Laurent Ajina, le rapport entre la limite et l’envahissement, la concentration et le déploiement, ce qui tient dans un cadre et le débordement. Ainsi, son exposition redéfinit l’espace de la galerie, invitant à se perdre en suivant ses lignes plus ou moins enchevêtrées. 

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